Les banques européennes tirent sur le frein. Les conditions de crédit se durcissent. L’an prochain, emprunter de l’argent deviendra considérablement plus cher pour les consommateurs et pour les entreprises. Selon notre département d’étude, le resserrement du marché monétaire est comparable aux niveaux que nous avons observés aux premiers stades de la crise du coronavirus en 2020.

Exprimés en pourcentage, nous prévoyons que les taux d’intérêt des entreprises augmentent de +200 points de base (bps) en moyenne au premier semestre 2023, et de +200 bps supplémentaires au second semestre. Cela signifie des coûts nettement plus élevés pour les entreprises, avec en conséquence une pression accrue sur leurs marges avec une baisse de -3 pp de marge. L’an prochain, la hausse des taux d’intérêt sera encore plus élevée pour les ménages que pour les entreprises. En conséquence, le pouvoir d’achat baissera dans la zone euro de -1 pp en moyenne.

Malgré la hausse des taux d’intérêt et la détérioration des perspectives économiques, les banques européennes sont jusqu’à présent restées assez flexibles en matière de crédits. La croissance annuelle totale des crédits aux particuliers s’élevait en septembre à +5,7 % en glissement annuel. La croissance des crédits aux entreprises était, quant à elle, de +8,9 % en glissement annuel. Il s’agit principalement de crédits à plus court terme. Les entreprises en ont besoin en raison de l’augmentation imprévue des prix de l’énergie et des matières premières. Voici un peu plus d’un an, emprunter de l’argent était encore pratiquement ‘gratuit’. Cette époque est définitivement révolue.
En revanche, la demande de crédits à long terme des entreprises a nettement ralenti. Le niveau de confiance des entrepreneurs et des consommateurs est sérieusement atteint. Les entreprises sont aux prises avec l’incertitude liée à la crise énergétique, aux nouvelles perturbations dans les chaînes d’approvisionnement qui se profilent et à de mauvaises perspectives économiques. La baisse de confiance des consommateurs et l’affaiblissement du marché du logement pèsent sur la demande de crédits des ménages.

Johan Geeroms, notre Directeur Risk Underwriting Benelux: « Les banques savent mieux que quiconque que les mesures de soutien continues du gouvernement ces dernières années ont dénaturé gravement la situation des entreprises. Les faillites n’ont pas été trop importantes jusqu’à présent, mais beaucoup partagent notre crainte que le choc ne se produise vraiment. La réticence des banques est donc fort compréhensible. »

Selon Johan Geeroms, le durcissement des critères d’octroi de crédits touche principalement les PME. « Les entrepreneurs de PME ont déjà tellement de choses en tête. Tout tombe en même temps. Des problèmes d’approvisionnement en matières premières, des pénuries de main-d’œuvre, d’énergie et, en plus, des coûts de financement et des taux d’intérêt plus élevés. La croissance moyenne du chiffre d’affaires des PME a diminué tout au long de l’année et encore plus fortement ces derniers mois. »

Toujours d’après Johan Geeroms, la situation est légèrement différente pour les grandes entreprises. « Elles sont nettement moins sensibles aux conditions de financement plus strictes, car elles ont souvent déjà couvert le refinancement des prêts en cours jusqu’à la fin de l’année prochaine. On constate également des réserves de trésorerie considérables dans les grands groupes. Cela permet d’éviter un stress de liquidité aigu. Mais bien sûr, tout changera si la récession s’aggrave et dure plus longtemps qu’on ne le pense actuellement. »

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